Contournement férroviaire:la bataille du rail n'est pas finie
Les opposants au contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise ont-ils des raisons d'y croire ? Le succès, malgré les conditions climatiques, de leur manifestation du jeudi 11 février peut déjà inciter les élus et riverains de la rive droite du Rhône à un certain optimisme.
On aurait pourtant pu penser que la décision du secrétaire d'État Dominique Bussereau de retenir, le 20 avril dernier, le fuseau « Plaine d'Heyrieux-Sibelin-Nord » parmi les sept tracés potentiels du tronçon sud du Cfal, avait sonné le glas des espoirs de la partie malheureuse des opposants (ceux de la vallée de l'Ozon et de la rive droite du Rhône), tout en apportant soulagement aux plus heureux (long de la ligne LGV et pays viennois).
Il n'en est rien, le combat ayant pris une nouvelle tournure dès le mois de mai 2009, lorsque les élus de l'association Parfer organisèrent une action symbolique à Chavanay, sur le site de la catastrophe ferroviaire de 1990. Si le Val d'Ozon, que l'on sent comme résigné, avait bien envoyé quelques manifestants jeudi à Ampuis, le gros des troupes était pourtant composé d'élus et riverains de la rive droite : « Aujourd'hui, c'est la rive droite qui est concernée. Il est normal que le nouveau président de Parfer soit du secteur », explique Paul Serres, le maire de Mions. Gérard Banchet, le maire d'Ampuis, a en effet pris la succession de Paul Vidal, le maire de Toussieu, démissionnaire par contestation au printemps dernier.
Tous ceux qui participèrent au coup de force de ce jeudi glacé (le blocage de la D386) nourrissent donc l'espoir de voir le ministère des Transports revenir sur sa décision.
Pour une raison simple, qui forme le cœur des arguments des opposants: le choix du tracé « Plaine d'Heyrieux-Sibelin-Nord », présenté comme l'un des plus courts et moins coûteux, ne s'étend pas aussi loin vers le sud que les tracés les plus longs, puisqu'il ne rejoindrait la rive droite qu'à hauteur de Givors, quand d'autres tracés (ligne LGV) descendraient jusqu'à Serrières ou Saint-Rambert-d'Albon.
Quid, dès lors, des coûts et conséquences d'un report du trafic sur ce tronçon Givors-Saint-Rambert ? Réseau Ferré de France (lire ci-dessous) a beau avoir des réponses, la rive droite attend de voir. D'où la nouvelle mobilisation farouche, face à une perspective devenue menace, d'habitants soucieux de voir leurs arguments écoutés et pris en compte. Suffisamment pour assister à un retour en arrière ministériel ? L'avenir le dira... « Les ministres passent, nous, on reste et on ne veut pas que nos populations trépassent », résume le maire de Loire-sur-Rhône, Guy Martinet.
Philippe Frieh
Bruno Flourens (RFF) : « Cela ne remet pas en cause le choix »
Bruno Flourens est le directeur régional Réseau Ferré de France, maître d'ouvrage pour le projet du contournement ferré de l'agglomération lyonnaise.
« Nous avons transmis, en fin d'année au ministère des Transports, le dossier d'avant-projet pour la partie nord du Cfal, et l'étude préliminaire pour la partie sud, qui ont permis au ministère de décider la mise en enquête publique de la partie nord avant fin 2010 et le lancement des études de l'avant-projet sommaire pour la partie sud. On a parallèlement commencé à travailler sur la préparation de l'étude d'impacts. Nous n'avons pas encore démarré les études pour le franchissement du Rhône. Nous attendions la décision ministérielle pour les lancer. Mais cela se fera en tout cas en concertation.
Avec la hausse du trafic TER, on estime que le trafic augmentera de 20 % par rapport à 2008. Et on oublie qu'en 2000, la rive droite voyait encore passer une centaine de trains, contre cinquante aujourd'hui. En fonction de la date de publication des chiffres, ils varient et on peut leur faire dire ce qu'on veut. Les gens pensent que le tracé le plus à l'est, le long de la ligne LGV, qui rejoint la rive droite à Serrières, serait moins coûteux. Il est quand même estimé à 2,8 milliards d'euros. Mais celui qui a été retenu est à 1,4 milliard d'euros. Et les aménagements supplémentaires prévus sur la rive droite sont de l'ordre de centaines de millions… Cela ne remet donc pas en cause le choix ».
