INTERVIEW EXCLUSIVE

Publié le par GUILLAUME LECOEUR

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Dans une interview exclusive au «Parisien» et «Aujourd'hui en France» paru dimanche 24 avril, le ministre de l'Immigration et de l'identité nationale rappelle par ailleurs son soutien au chef de l'Etat, qui «reste le meilleur» candidat pour 2012.


Le Parisien : Brice Hortefeux vous a adressé un courrier sur l'affaire de la femme voilée de Nantes. Quelles vont-être les suites ?

ERIC BESSON :Je vais très vite analyser ce courrier, qui présente des faits susceptibles de constituer des délits de fraude aux aides sociales et de polygamie. Si ces faits sont avérés, ils sont insupportables, et la justice soit être saisie. Si une condamnation intervient, des sanctions pénales seront prononcées et j'étudierai alors, avec la garde des Sceaux, l'éventuelle déchéance de nationalité de cette personne.

Le Parisien : Cette affaire tombe à pic pour le gouvernement, après la décision d'interdire la burqa dans l'espace public....

ERIC BESSON : Un manquement grave aux principes fondamentaux de notre République ne tombe jamais à pic. Il vient simplement confirmer la nécessité d'une loi.

Le Parisien : La loi d'interdiction ne risque-t-elle pas d'être mal perçue par la communauté musulmane ?

ERIC BESSON : Le voile intégral n'est pas le bienvenu chez nous, donc il doit être interdit. C'est une atteinte à la dignité de la femme, et c'est d'abord sur ce terrain-là que nous nous plaçons. A titre personnel, je dois reconnaître que je me suis radicalisée sur cette question au fil des mois. Au début, j'étais perplexe. Mais au cours des auditions, comme lors de mes voyages, j'ai eu beaucoup de discussions avec des muslmanes, qui m'ont dit : "la burqa n'est pas un signe religieux. Interdisez-là, nous ne nous sentirons pas stigmatisées, et nous vous soutiendrons."

Le Parisien : Le gouvernement ne prend-il pas un risque juridique, compte tenu des réserves déjà exprimées par le Conseil d'Etat ?

ERIC BESSON : C'est un risque, oui. Mais un risque limité, et comme il touche à l'essentiel, c'est à dire au "vivre ensemble", il vaut vraiment le coup d'être pris. Je n'imagine pas que l'on demande instantanément à la personne de se dévoiler, mais il peut y avoir des amendes. Cela fera réfléchir.

Le Parisien : La photo d'un homme s'essuyant le derrière avec un drapeau français dans le cadre d'un festival artistique vous choque-t-elle ?

ERIC BESSON : Oui, elle me choque profondément. Pour ces couleurs et pour ce drapeau, des millions de personnes sont mortes. je n'ai jamais supporté le manque de respect aux symboles et au sang versé. C'est un outrage insupportable.

Le Parisien : A droite, entre Villepin, Juppé, Morin, voire Borloo, beaucoup de prétendants se sont mis sur les rangs pour 2012. Qu'en pensez vous ?

ERIC BESSON : On ne peut pas mettre Jean-Louis Borloo ou Hervé Morin dans le même sac que Villepin ! Mais, globalement, c'est une agitation surprenante et indécente. La montée précoce des ambitions est déplacée. Il est temps que certains, dans la majorité, reviennent à un certaines cohére,ce, à plus de stabilité et de solidarité.

Le Parisien : Certains à droite se demandent si Sarkozy peut gagner en 2012...

ERIC BESSON : On est à deux ans de la présidentielle, ce n'est pas vraiment la préoccupation des Français, qui attendent de nous que ce soient deux années utiles ! Un jour ce sont les critiques des anciens Premiers ministres ; un autre jour, on glose pour savoir combien il faudra de candidats au centre... Ceux qui jouent ce jeu doivent se ressaisir et laisser le gouvernement travailler. Nicolas Sarkozy reste de très loin de le meilleur atout de la majorité pour 2012. Son bilan est important. Je ne comprends pas que certains manquent de lucidité sur ce point et cherchent à l'abîmer. Ma conviction profonde est que, s'il est candidat, il sera réelu.

Le Parisien : N'a-t-il tout de même pas un problème de style ?

ERIC BESSON : En votant pour lui, les Français savaient parfaitement qu'il ne serait pas un président arbitre au-dessus des la mêlée, mais un homme d'action avec les mains dans l'action gouvernementale. Il n'y a pas tromperie.

Le Parisien : Mais le parti socialiste reprend des couleurs avec Martine Aubry...

ERIC BESSON : Elle a été habile : elle a réussi à faire travailler ensemble les courants du parti, elle gagné les régionales et amélioré son image dans l'opinion. Elle a marqué des points importants pour être désignée comma la candidate du PS. Mais ça se fait au prix du maintien des deux maux du parti : le sectarisme et l'ambiguïté. Le PS reste persuadé qu'un parti d'opposition s'oppose à 99% du temps et fait semblant de proposer 1% du temps. Et sur les grands sujets, il se garde bien de dire ce qu'il souhaite. Sur les retraites, c'est facile de sire : attendons le texte du gouvernement ! Le problème du PS, c'est le courage, l'arbitrage. Or gouverner, c'est d'abord trancher.

Le Parisien : Dominique Strauss-Kanh peut-il être candidat ?

ERIC BESSON : J'ai du mal à imaginer qu'il y ait encore un espace pour qu'il revienne. Comment expliquer aux militants socialistes et aux Français que celle qui fait tout le travail, qui a gagné les régionales, Martine Aubry, soit écarté au profit de quelqu'un qui a choisi l'expatriation . mais, ce n'est pas mon affaire.


Le Parisien : où en est le débat sur l'identité nationale ?

ERIC BESSON : Le débat public en régions est clos, mais je vais entamer un cycle de plusieurs semaines autour des "lundis républicains". Ces rencontres seront publiques. Mon premier invité le 3 mai sera Luc Ferry, qui avait critiqué le débat. Il sera suivi de Malika Sorel, membre du Haut Conseil à l'intégration, puis de l'essayiste Alain-Gérard Slama.

Le Parisien : Vous êtes discret à l'UMP, vous êtes pourtant le secrétaire général adjoint ?

ERIC BESSON : Je ne suis pas discret, mais je vais m'impliquer davantage dans la vie du mouvement, accélérer mes déplacements en province, comme me l'a d'ailleurs proposé Xavier Bertrand. Mi-juin, je vais animer avec Pierre Méhaignerie une convention du parti sur la fiscalité et les finances publiques. Bertrand m'a aussi proposé d'intégrer l'équipe qui va préparer les projet de l'UMP et de son candidat pour 2012.

Le Parisien: Stéphane Guillon pourrait changer de case horaire sur France Inter à la rentrée. Vous êtes satisfait ?

ERIB BESSON : Pour moi l'échange qui m'a opposé à Guillon est clos, et je me moque de savoir qu'elle sera sa place. Je n'ai demandé ni excuses ni sanction. Mais je suis satisfait d'avoir brisé un tabou. Jusque-là, face à lui, aucun intellectuel ou politique n'osait répliquer, même lorsque ses outrances flirtaient avec l'insulte ou le racisme. Je constate que cette impunité est révolue.


Propos recueillis par Fréderic Gershel et Nathalie Schuck
Edition du dimanche 24 avril 2010

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Publié dans U.M.P

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